2
Voilà un autre journal d’extrême-droite qui s’intéresse à mon ouvrage… pour le critiquer. Valentin Barnay fait cependant preuve de plus de finesse qu’Alain Sanders (Est-ce si difficile? rires). Les reproches faits dans Rivarol (www.rivarol.com) ne sont cependant pas fondés. Oui, mon étude est un travail purement universitaire, et je le revendique. Non, je n’ai pas voulu faire une comparaison des textes des contre-révolutionnaires avec ceux de Maurras car j’ai fait œuvre d’histoire des idées politiques et non de philosophie politique comparée. Je pense avoir assez insisté sur l’importance d’Auguste Comte. Enfin, je n’ai jamais écrit que Maurras avait choisi la tradition au détriment du progrès. Mais il est de bon ton de voir Maurras tel un progressiste dans les petits et nébuleux groupuscules d’extrême-droite. Je regrette que Barnay ne soit pas plus nuancé et ne mette en avant les qualités de mon travail.
Charles Maurras, un classique contre-révolutionnaire?
Tony Kunter est un étudiant universitaire visiblement passionné par les théoriciens de la Contre-Révolution et qui a pris le parti d’analyser dans l’un de ses mémoires l’héritage intellectuel « reçu » par Charles Maurras. Son étude aujourd’hui publiée ne semble pas avoir subi de modifications majeures tant l’utilisation du jargon universitaire est présente dans le but, légitime, d’impressionner ses professeurs et son préfacier Olivier Dard. Aussi le lecteur a-t-il droit à une montagne de références, parfois anecdotiques, qui feront certainement le bonheur des collectionneurs.
En revanche, pas mal de maurrassiens et de spécialistes du Martégal risquent de rester sur leur faim car la thèse annoncée par l’auteur et selon laquelle Maurras serait avant tout une sorte de disciple de Joseph de Maistre et de Louis de Bonald ne jouissant d’aucune réelle originalité, n’est pas profondément étudiée sur le plan doctrinal. Alors qu’incontestablement, une étude discursive, voire une analyse de données des textes de nos contre-révolutionnaires comparée à ceux élaborés par le fondateur du nationalisme intégral, auraient été enthousiasmantes, en tout cas nouvelles. [Il est facile de reprocher à un ouvrage ce qu'il ne dit pas, mais parle-t-on un seul instant de ce qui est dit? Certainement pas. M. Barnay disserte, tout seul... bien seul.]
D’autre part, l’auteur n’a pas, selon nous, insisté suffisamment sur le rôle prépondérant joué par Auguste Comte sur le théoricien Maurras qui pratiqua les rétrogrades (Maistre et Bonald selon Comte) à l’aune des écrits positivistes, et non l’inverse. Ceux-là sont des intuitifs géniaux dont les textes sont validés par Maurras à la lumière de la science comtienne ! [En réalité, M. Barnay oublie de dire qu'ils sont tout simplement instrumentalisés par Maurras, qui les fait passer pour de parfaits positivistes.] Nous ne pouvons ainsi assener que le « Maître » ne fut qu’un simple héritier de la mouvance contre-révolutionnaire du tout début du XIXe siècle. [Je n'en dis pas moins en évoquant une recréation contre-révolutionnaire par Charles Maurras pour le début du XXe siècle]. Sur ce point, il étonnant que Kunter ne cite qu’une ou deux fois Léon de Montesquiou. Ce philosophe d’Action française, positiviste et comtiste résolu (et auteur d’une brochure sur Comte de 84 pages publiée en 1911 par les bureaux de l’Action française), eut pourtant une grande influence sur Maurras à l’instar de Paul Bourget et de Taine (dont l’auteur ne développe jamais les thèses). Contrairement à ce qu’affirme notre auteur, Maurras n’a pas choisi la tradition au détriment du progrès, mais la tradition pour le progrès. Une entreprise hautement comtienne qui, mise en application, aurait signé la naissance de la troisième grande étape sociologique et politique de cette partie précieuse de l’humanité qu’est la France : le stade positiviste sous l’habit monarchique.
Valentin Barnay
Tony Kunter, Charles Maurras, la Contre-Révolution pour héritage. Nouvelles éditions latines, 2009, 208 pages avec préface d’Olivier Dard, 18 euros.

