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Je tenais à préciser mes intentions qui sont visiblement restées pendant trop longtemps floues. Ce sont des rencontres avec certains de mes lecteurs, avec des journalistes, avec des villepinistes, et avec de jeunes royalistes en devenir qui m’ont fait réaliser les ambiguïtés qui demeuraient. Je suis assez exaspéré de devoir faire cette mise au point tout cela car j’ai écrit sur Charles Maurras.
Mes intérêts ont toujours été purement historiques. Yves Chiron se refusait à m’octroyer cette neutralité historienne tout cela parce que j’ai publié trois-quatre articles dans l’Action française 2000. Ces derniers sont à cent pour cent le fruit de mes recherches (des compte-rendus sur des colloques, des extraits d’entretiens) et n’ont rien de politique. Il s’agissait essentiellement de remercier Michel Fromentoux, le rédacteur en chef du journal, qui m’a consacré beaucoup de temps dans son emploi du temps bien chargé.
Je n’ai pas cherché à faire de Maurras un saint, ce qui exaspère les personnalités d’extrême-droite, mais je n’ai pas tenté non plus d’en faire un démon, ce qui m’a valu d’être quasiment taxé de royaliste pro-maurrassien par les journalistes de TLT visiblement enclin à un sectarisme de gauche bien pensante.
J’ai eu de la sympathie pour les élites royalistes car j’ai vu les sacrifices qu’elles s’imposaient (carrière ruinée, vie de misère) pour se battre pour leurs idées. Je me suis montré exaspéré par leurs divisions multiples et invraisemblables qui nuisent particulièrement à leur crédibilité et à leur action (telle était ma conclusion lors de l’émission de radio courtoisie). Mais après une longue introspection, je dois l’avouer, et des doutes, je ne crois pas à cette idée quand elle est purement politique, j’y crois plutôt quand elle est totalement intellectuelle et culturelle. Je n’invente rien : ce sont là les conclusions issues des récents colloques sur l’Action française, qui ont lieu à Science-Po Paris sous la direction de Jacques Prévotat, Olivier Dard, et Michel Leymarie.
Pour ceux qui s’interrogent sur mes positions politiques, je dois dire qu’ils vont sûrement être déçus. J’oscille, comme beaucoup d’historiens, qui sont avant tout historiens, entre le centre droit et le centre gauche. Je suis un modéré, un pondéré, attaché à la Vème République originelle et à son pacte social. Une légère contradiction tient certainement en mon attachement à la souveraineté nationale : je ne crois pas en l’Europe telle qu’elle se construit, c’est à dire en vaste bloc de libre-échangisme au profit des très aisés (des sortes de grands feudataires) et au mépris des tradition (Nations, religions, traditions sociales).
Mes préoccupations sont purement intellectuelles et j’ai très peu de certitudes. Je suis en recherche. Mais de grâce, qu’on arrête de fantasmer sur mes engagements politiques, et qu’on se consacre à mes positionnements d’historien des idées politiques.
Personne ne m’a interrogé sur ce qui est le centre nerveux de mes travaux : ma thèse originale du point de vue de l’historiographie, qui dépasse l’analyse de René Rémond et qui s’oppose aux thèses de Zeev Sternhell et Ernst Nolte. Les critiques se sont appesanties sur des détails de mes travaux mais personne ne s’est attaqué au fond. Ou pire, j’ai eu droit à de simples insultes : c’est le cas d’Yves Chiron dont l’analyse des rapports entre Maurras et Maistre est superficielle, idéologique et minimaliste. Je me moquais un peu de lui dans mon ouvrage et il me l’a rendu mais avec des manières au ras-des-pâquerettes. Si les maurrassiens se fient à ce genre de personnage pour acheter de la littérature, je m’inquiète pour leur culture historique et leur sens de l’autocritique. Tout ça parce que je n’ai pas cité son copain Madiran.
J’ai participé au salon du livre d’histoire organisé par Parthénon événements en décembre dernier. Je fus exaspéré par l’ambiance (des gens qui m’apostrophaient en me regardant de haut et me disant que mon ouvrage était polémique). En bref, je me suis donné beaucoup de mal, déjà pour écrire, ensuite pour faire la promotion de mon ouvrage… je suis assez fâché contre tous les intervenants auxquels j’ai eu affaire qui, pour bon nombre (pas tous, bien heureusement), n’ont pas fait preuve d’honnêteté intellectuelle et surtout, qui n’ont pas su lire un travail purement académique. Il y a là de quoi s’inquiéter pour l’avenir de la littérature scientifique dans notre pays.

