Panorama de la presse : une grande variété de critiques sur le « Qui suis-je? » Maurras

La sortie du « Qui suis-je ? » sur Maurras aura trouvé un écho important dans la presse, des publications à la diffusion confidentielle, jusqu’à certaines grandes revues nationales. Les points de vue sont variés, soit que les militants s’irritent, avec plus ou moins de finesse et de nuance, d’un travail équilibré, soit que des journalistes plus généralistes jugent la synthèse plutôt inédite et novatrice.

L’espace consacré est parfois modeste : l’ouvrage est cité dans la Nouvelle Revue d’Histoire (n° 59 de mars-avril 2012, p. 7), dans Valeurs actuelles (Laurent Dandrieu, « Maurras, l’éveilleur du rempart », numéro du 2 février 2012, p. 56), ou encore dans Faits et Documents (du 15 au 31 janvier 2012, p. 10).

Les critiques sont parfois très favorables. Joël Prieur de Monde et Vie évoque ainsi « une petite introduction, collection Pardès. Bon point : l’auteur, Tony Kunter, maîtrise parfaitement la littérature secondaire » (« Charles Maurras : Que lire ? Comment s’introduire ? », n ° 854 du 21 janvier 2012, p. 25). Plus récemment, Arnaud Guyot-Jeannin a pu écrire dans Le Spectacle du Monde : « Petite monographie due au jeune historien Tony Kunter, (ce …) livre est une claire introduction, assez originale et équilibrée, à son itinéraire existentiel, intellectuel et spirituel » (« Charles Maurras, l’ordre et l’harmonie », avril 2012).

Le périodique trimestriel Altaïr (n° 151 de mars 2012) livre un propos en clair-obscur concernant le « Qui suis-je ? » : « On a lu aussi QUI SUIS-JE ? MAURRAS par Tony Kunter. Fort intéressant également, même si l’auteur agace parfois en opposant sans cesse aux idées de Maurras celles de l’insignifiant Albert Thibaudet, cité sans relâche dans le chapitre consacré à Maurras philosophe et homme politique. Nous citerons ces lignes essentielles : « L’unité nationale ne peut se concevoir sans un roi, la continuité d’une lignée garante de cette première. Le nationalisme sans roi ne peut être que du chauvinisme, un bas sentiment de fierté qui se limite à la sphère individuelle sans atteindre le cœur des institutions. Le nationalisme intégral, c’est la monarchie : il s’agit d’une systémique pyramidale qui unit la famille royale avec toutes les familles. » Passionnant est le chapitre sur Maurras félibre, et surtout Maurras poète, un sujet qui fut rarement traité. Belles illustrations en début de bibliographie, les ouvrages de Maurras mentionnés étant seulement ceux disponibles actuellement en librairie. Ajoutons encore un brimborion de notre crû : les deux plus importants sites de vente de livres d’occasion regorgent de livres de Maurras. (…) Il est donc possible de s’abreuver à son aise de la formidable pensée du maître de Martigues ».

Il y a enfin les attaques brutales portées par une minorité excessive. C’est sans surprise que Rivarol (« Maurras en partie… », n ° 3033 du 10.02.2012), par la plume d’un obscur F.-X. R. (il doit avoir honte d’assumer ce qu’il écrit), se livre à un déballage insultant composé d’arguments d’autorité, qui n’ont d’autorité que le nom, et de jugements de valeur qui ne volent pas bien haut. Le journaliste anonyme parle de « récidive dans la niaiserie », le « Qui suis-je? » Maurras faisant partie d’un complot savamment orchestré par « des auteurs indécrottabelement démocratiques qui aimeraient rendre conforme l’homme de l’Enquête sur la monarchie en retirant de son œuvre les éléments sulfureux qui la caractérisent pourtant ». F.-X R. s’étonne de la part consacrée à la littérature dans la synthèse parue chez Pardès : cela prouve qu’il ne maîtrise absolument pas les perspectives mises en avant par les récents colloques sur le maurrassisme. On peut aussi affirmer que l’auteur de l’article ne comprend pas les enjeux intellectuels liés à l’historiographie de même que les finalités commerciales du monde de l’édition. Si le Maurras avait été une simple répétition de la vulgate remâchée par quelques vieilles chèvres, il n’aurait pas brillé par son originalité et encore moins par son utilité. Enfin, chaque génération a le droit d’avoir une optique d’analyse spécifique et variée sur un phénomène historique donné. Si tous les auteurs depuis un siècle avaient répété la même chose sur Maurras, la bibliographie serait des plus pauvres. Et taxer de « villepiniste » un auteur qui se réclame du slogan « Histoire d’abord ! » a vraiment de quoi faire sourire.

The last but not the least. Yves Chiron, brillant connaisseur de Maurras et de l’Action française, est désormais connu comme le loup blanc. Il a largement prouvé par le passé son exclusivisme vis-à-vis de Charles Maurras. S’étant auto-proclamé directeur des études maurrassiennes, Chiron prend un malin plaisir à tirer à boulets rouges sur tout ce qui sort sur l’auteur et qui n’est pas le fruit de sa plume.

Les critiques de Chiron (Maurrassianna, n° 22, p. 3) sont pourtant souvent pertinentes et il semble avoir mis ces derniers temps de l’eau dans son vin, même si son arrogance transpire toujours quelque peu. Evoquant longuement des livres qui n’auraient pas été lus, des « absurdités grossières » liées à la « paraphrase de Thibaudet », les « perfidies » à l’égard d’un mort, Jean Ousset, d’un inconnu, Jean Madiran , et d’une personne auprès de qui les amitiés ont été renouvelées, Hilaire de crémiers, Yves Chiron finit par reconnaître : « ce livre permettra, peut-être, à un public non-averti de découvrir Maurras, mais il faut le corriger et le compléter par d’autres lectures ».

En une centaine de pages, il paraît délicat d’être exhaustif sur Maurras, et de satisfaire la multitude de petites chapelles d’extrême-droite. Ça, Chiron l’a bien compris, c’est d’ailleurs probablement pour ces deux raisons qu’il n’a pas voulu s’y risquer en refusant le projet quand les éditions Pardès lui ont proposé.

Le Livre de Philippe Prévost au format numérique

Les éditions Lettropolis sont heureuses de vous présenter la version numérisée de l’ouvrage de Philippe PRÉVOST La Condamnation de l’Action française (1926-1939), autopsie d’une crise politico-religieuse.
1252 pages, 4,85 €

Cette version numérisée, spécialement éditée pour être lue comme un livre-papier, sur deux pages est accessible
sur le site de Lettropolis (www.lettropolis.fr)
ou en lien direct : http://www.lettropolis.fr/Public/Olnitheque/Fiche.php?ID_Article=49

Je vous invite, si vous ne l’avez déjà fait, à vous procurer en version numérique l’ouvrage capital de P. Prévost. L’auteur y développe la thèse selon laquelle la condamnation de l’Action française par le Vatican est essentiellement politique. Plus de mille pages, pour un prix inférieur à celui d’un paquet de cigarettes.

Maurras et l’Action française sous le regard de l’historien

Dans le cadre des « Mardis de la Mémoire » sur Radio Courtoisie, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec Dominique Paoli et Anne Collin sur le thème de « Maurras et l’Action française sous le regard de l’historien » à l’occasion de la sortie du « Qui suis-je? ». Je n’étais pas le seul invité. J’étais accompagné d’un brillant intervenant, François Huguenin, qui vient de publier dans la collection « Tempus » chez Perrin un livre intitulé L’Action française, édition revue et augmentée d’un ouvrage de chez Lattès (1998).

 

L’émission sera diffusée :

MARDI 7 FEVRIER de 10h45 à 11h45 et de 14h à 15h

MERCREDI 8 FEVRIER de 6h à 7h.

SAMEDI 11 FEVRIER de 14h à 15h.

Vous pouvez l’écouter en ligne sur le site de Radio Courtoisie.

J’espère pouvoir bientôt mettre l’émission en ligne sur le site.


Le « Qui suis-je? » Maurras dans Présent

Dans le numéro 7513 du samedi 7 janvier 2012 du quotidien nationaliste Présent, Francis Bergeron, qu’il n’est plus besoin de présenter, livre une critique équilibrée du Maurras qui est sorti en décembre chez Pardès. Il me reproche notamment un culte de la nuance, que j’assume, considérant qu’il est du devoir de la jeune génération, qui n’a pas connu certains débats passionnés qui ont entouré Charles Maurras, même après sa mort, de livrer une autopsie de froid raisonneur sur l’auteur.

Le « Maurras » de Tony Kunter

La toute dernière biographie ( décembre 2011)  publiée dans la  collection « Qui suis-je ? » des Editions Pardès est consacrée à un monument politique, mais aussi littéraire : Charles Maurras. On doit ce portrait à un jeune universitaire de 28 ans, Tony Kunter. C’est la grande surprise, le grand plaisir de ce livre : découvrir qu’il a été écrit par un frais titulaire d’un master  d’histoire contemporaine. Et non par un vieux compagnon du maître. La présentation de l’auteur nous apprend que Kunter a déjà publié, il y a deux ans, Charles Maurras, la Contre-Révolution pour héritage.

Péché de jeunesse ? Le Maurras de Kunter ne nous convainc cependant pas tout à fait. Pourquoi ? Sans doute parce qu’il est paru tellement de choses sur Maurras que l’essentiel peut nous sembler avoir déjà été dit et rabâché. Pensez qu’il existe plus de cinq cents thèses, mémoires, études et livres sur Maurras et son Action française ! En particulier après  La Vie de Maurras ( Yves Chiron, Perrin, 1991), il était difficile d’innover, de dire plus et mieux.

Le Maurras de la collection « Qui suis-je ? » ne prétend certes pas rivaliser avec une étude aussi fouillée que celle de Chiron (500 pages !).  Toutefois on parle bien de ce qu’on aime, et si l’ouvrage de Chiron « cache mal son caractère laudatif », pour reprendre la critique de Kunter, Maurras est un sujet qui supporte mal qu’on l’aborde avec trop de nuances.  Je m’explique : il me semble que Maurras, il faut l’aimer passionnément, et nous donner envie de l’aimer, ou au contraire lui « rentrer dedans ». La biographie de Kunter souffre un petit peu de modération. Surtout dans cette collection « Qui suis-je ? » où il n’est pourtant pas interdit de se lâcher, en particulier dans le totalement incorrect…

Bien évidemment tout n’est pas à garder chez Maurras. Et dans le courant national, beaucoup se trouvent plus d’affinités avec l’autre maître du nationalisme français, Barrès, qu’avec Maurras. Cette préférence pour Barrès n’est pas forcément due au républicanisme de ce dernier, d’ailleurs. Mais Barrès peut paraitre plus contemporain, moins prisonnier d’un système de pensée. Sa tournure d’esprit et ses centres de préoccupations, son mode de vie, même, peuvent nous sembler plus accessibles, à nous lecteurs du XXIe siècle.

Maurras fait parfois un peu peur. Son « politique d’abord ! » fut longtemps  atténué par le « Littérature d’abord ! », ou  « Le bon vin d’abord ! », rugi, à la tribune d’à-côté, en « une » du quotidien, par Léon Daudet. Et parlons donc du « Politique d’abord ! ». Où est Maurras, le 6 février 34 ? Et pourquoi n’est-il jamais parvenu à conserver et fédérer ses disciples, alors que pratiquement tous les plus grands esprits, sous la IIIe République, ont été, peu ou prou, sous l’influence de l’écrivain monarchiste, à un moment ou à un autre ?

Et puis la vie de Maurras peut sembler finalement  assez triste et rébarbative. Quelle vie de  famille ? Où sont les enfants ? Les petits-enfants ? Son cœur dans la boite à ouvrage de sa mère…Vieux petit garçon prisonnier d’un système qu’il avait construit à l’époque de l’Affaire Dreyfus ?

Tony Kunter nous aide à répondre à certaines de ces questions, en nous rappelant par exemple que la Première Guerre mondiale fit disparaitre un si grand nombre de compagnons et disciples de Maurras que son repli sur son magistère de l’Action française se comprend assez bien.

Il est moins convainquant sur la position de Maurras le 6 février : il nous dit, pour simplifier, que, dans la mesure où les manifestants autres que les maurrassiens  n’auraient pas soutenu un projet de monarchie, l’intérêt de ces émeutes était relatif…C’est ce qui aurait donc  conduit Maurras à rester un peu…contemplatif dans cette affaire.

Le petit livre de Kunter – vite expédié, c’est la règle du genre : 128 pages, une centaine d’illustrations – résume la vie de Maurras en quinze pages. Car l’essentiel du livre est consacré à la pensée politique de Maurras, et s’appuie beaucoup sur l’ouvrage d’Albert Thibaudet, paru en 1919 : Les idées de Charles Maurras. Nous trouvons ensuite un dense chapitre sur l’œuvre littéraire de Maurras. Elle était considérable. Le rôle de repoussoir qu’on tente de lui faire jouer, de temps à autres, ont fait passer à la trappe cette immense dimension du personnage. Ce qui est profondément injuste. Pour ce qui concerne le Maurras félibre, Kunter a utilisé la thèse monumentale de Stéphane Giacanti (1995).

Le « Qui suis-je ? Maurras » se termine par une analyse de sa postérité et de son influence. Ce sont des pages intéressantes, qui synthétisent bien cette question, jusqu’à la situation actuelle : persistance de l’influence d’un homme disparu depuis bientôt 60 ans, mais aussi anormale modestie de cette influence, au regard d’un talent si diversifié, et du rôle qu’il joua en son temps. Aujourd’hui, si Maurras est encore couramment cité, peu de textes de lui sont disponibles en librairie, une dizaine de livres, tout au plus : Les Pages littéraires choisieset le Prologue d’un essai sur la critique, dans leur édition originale, et quelques rééditions récentes : Mes idées politiques, Anthinéa, Enquête sur la monarchieLes amants de Venise… Pourtant, comment prétendre connaître Charles Maurras si l’on n’a pas lu, ou au moins parcouru Le Chemin de Paradis (1895), Trois idées politiques (1898), L’Avenir de l’intelligence (1905), Le dilemme de Marc Sangnier (1906), Kiel et Tanger (1910), L’Etang de Berre (1915), Quand les Français ne s’aimaient pas (1916), Tombeaux (1921), La bonne mort (1926), La bagarre de Fustel (1928), Au signe de Flore (1931) dont Tony Kunter nous rappelle l’importance, ou encore Devant l’Allemagne éternelle (1937), La seule France (1941), La Contre-révolution spontanée (1943), Au grand juge de France (1949), et la passionnante correspondance Barrès-Maurras (publiée chez Plon en 1970, avec les commentaires de Massis et la présentation de Guy Dupré) ? Mais grâce à Internet, il est en fait très facile de se constituer une bibliothèque maurrassienne. Et le Maurras de Kunter peut participer de ce renouveau de curiosité pour un écrivain et homme politique tout à fait hors du commun. Cette dernière opinion, nous la partageons tous sans nuance, je crois !

 

FRANCIS BERGERON

 

Maurras, par Tony Kunter, coll. « Qui suis-je ? », Ed. Pardès, décembre 2011, 128 p., une centaine d’ill.

 

Le « Qui suis-je? » Maurras dans l’Action française 2000

Dans le numéro 2831, du 5 au 18 janvier 2012, de l’Action française 2000, journal royaliste et nationaliste, l’abbé Guillaume de Tanoüarn, de l’Institut du Bon-Pasteur, livre une critique fort érudite d’un point, que j’ai avancé dans le « Qui suis-je? » consacré à Maurras, concernant la « désuétude » de l’auteur. Il m’était délicat d’entrer dans ces considérations dans un petit ouvrage assez bref. Cependant, comme il est agréable d’être remis, avec autant d’excellence et de nuance, dans la droite raison, par un saint homme.

Désuet, Maurras ?

En conclusion de son « Qui suis-je ? » consacré à Maurras, Tony Kunter évoque la « désuétude » d’une pensée dont sont pourtant identifiés ci-dessous de solides piliers.

 

L’année 2011 a été particulièrement riche en publications sur Maurras. J’en ai évoqué quelques unes déjà. Je n’ai pas parlé encore du « Qui suis-je ? » publié chez Pardès par Tony Kunter. Ce petit livre a toutes les qua- lités d’une bonne synthèse. Synthèse objective et non hostile. Mais je voudrais revenir sur sa conclusion, en particulier sur cette phrase, lancée avec assurance par Tony Kunter : « Cette désuétude de Maurras est acceptée hors micro et hors caméra par les milieux d’Action française, qui attendent, dans ce qui serait de- venu une religion laïque, leur nouveau prophète. »

Cela fera soixante ans cette année que Maurras est mort et il faut bien reconnaître que n’importe quel penseur ordinaire serait dé- suet pour moins que ça. Plus d’un demi-siècle ! À quoi bon le lire encore ? On peut le fréquenter, pense Tony Kunter, comme d’autres recherchent la compagnie de grands anciens, qui sont ses contemporains : Henri Bergson, André Gide ou Charles Péguy, pour ne citer que des Français. On peut cultiver une sympathie, une imprégnation maurrassienne. Mais Maurras n’a pas tout vu. Il n’a pas tout compris. Il importe de l’actualiser. Et on ajoute sotto voce : il faut le débarrasser de certaines de ses marottes : son provencialisme, son positivisme, son dogmatisme et, bien sûr, son antisémitisme.

Je voudrais ici soutenir deux choses, qui paraîtront peut-être contradictoires à un lecteur pressé, mais qui me semblent profondément distinctes. Premièrement : plus d’une fois, Maurras s’est trompé dans ses analyses. Son caractère colérique a pu lui faire avancer, au quotidien (oui : dans son article quotidien de L’Action Française), des jugements faux soit sur les personnes (il n’était pas tendre), soit sur les circonstances. Sa culture, très « fin de siècle », a pu l’empêcher de saisir certaines problématiques nouvelles. En tout cela, on peut et on doit parler – et pas seulement « hors micro et hors caméra » – d’une « désuétude » de Maurras. La solution inverse serait de proclamer son infaillibilité, ce dont il aurait été le premier à s’offusquer. Une part de la modernité du personnage tient justement à sa partialité résolue, à la subjectivité assumée d’un certain nombre de ses positions. Plus exactement encore, il faut reconnaître que certaines positions de Maurras étaient des postures. Exemple ? L’affaire Dreyfus. Je ne suis pas sûr qu’il y ait grande différence, sur le fond, entre le Péguy dreyfusard et hostile au « parti intellectuel » de Notre jeunesse et le Maurras antidreyfusard du fameux Précis. L’un et l’autre déplorent l’utilisation subversive du cas Dreyfus. L’un et l’autre refusent en principe l’Injustice, même si Maurras le dira un peu tardivement et sous le masque d’Antigone, Vierge et Mère de l’ordre.

Pensée matricielle

Deuxièmement : la pensée maurrassienne ne dépend pas de ces applications fausses. Elle offre une architecture mentale – la fabbrica della mente dont parle Vico – qui reste plus que jamais d’actualité. Peu de penseurs peuvent se vanter d’avoir construit une pensée « matricielle ». Michel Foucault avait bien vu la spécificité de ce type de pensée et de ce type de penseur, qui ouvrent un champ, dans lequel d’autres pensées que les leurs, et d’autres penseurs, peuvent s’ébattre à leur aise. François Huguenin avait bien vu cela lorsqu’il a employé le terme d’ « école » d’Action Française. Cette pensée matricielle a ceci de particulier – il faut l’ajouter – que ce n’est pas un système, comme il y a un système marxiste ou un système libéral, au sein duquel on retrouve un certain nombre d’étapes obligées qu’il faut avoir franchies pour que le parcours soit complet. Les décisions qu’a prises le jeune Maurras et qui lui survivent, en formant une matrice intellectuelle, sont avant tout des décisions critiques et limitatrices, non des décisions dogmatiques. Au premier rang de ces décisions, il y a la méthode maurrassienne : une ouverture universelle à tous les faits, « du moment qu’ils sont bien observés ». Les pensées viennent toujours des faits et non les faits des pensées. Voilà l’empirisme, toujours inaugural dans une pensée « maurrassienne ».

Civilisation

Par ailleurs, il existe des constantes (ce que Maurras appelle les vérités, « les grandes lois de l’être »), constantes que l’on peut contempler telles qu’en elles-mêmes quand on s’appelle Dante, mais qui n’existent que de manière analogique dans la réalité historique. On peut s’interroger sur leur avenir : l’avenir de l’ordre, l’avenir de l’intelligence. Mais on ne peut admettre leur disparition, qui serait la disparition de l’homme lui-même.

Il me semble que c’est le troisième pilier de la pensée maurrassienne : sa fréquentation de Schopenhauer lui fait poser de façon radicale la question de l’homme, c’est-à-dire de la civilisation dans son universalité humaine non facultative : « Je suis Romain, je suis humain, deux propositions identiques. » Ce thème maurrassien s’imposera dans les années trente, en particulier chez les non-conformistes et chez les catholiques, mais il sera trop tard. La politique, pour lui, n’est que le moyen de protéger l’homme (il y insistera dans cet ouvrage tardif qu’est Sans la muraille des cyprès). Elle doit être envisagée dans son sens le plus restrictif pour demeurer vraiment universelle et ne pas se confondre avec telle mythologie, fût-elle monarchique. Sur tel ou tel point, le langage courant nous fait dire : « Ma religion est faite. » Il est impossible de prétendre agir toujours de la même façon en politique. Machiavélisme ? Non : réalisme. À la fin de sa vie, il me semble que Maurras insistait sur un seul invariant, dans cette politique : la nation. Pour lui, la nation reste la dernière incarnation de l’idée d’homme qui soit admissible par tous. Dans l’universelle « neutralisation des valeurs », reste, disponible mais en même temps bien sûr à retrouver, à réinventer, le fait national français. Il me semble que l’idéologie mondialiste, loin d’infirmer cette idée, lui donne une sorte d’urgence et d’efficacité plus grande encore que par le passé, à charge pour nous d’inventer les modalités nouvelles de ce rempart spirituel.

Scepticisme

Au fond, et ce sera sans doute le cinquième pilier de la fabbrica della mente selon Maurras : alors qu’on lui reproche son dogmatisme, la grande originalité et la spécificité de Maurras contre-révolutionnaire, de Maurras penseur de l’ordre, c’est son scepticisme. C’est par scepticisme qu’il refuse tous les fidéismes du XIXe siècle, le fidéisme amoureux des romantiques (Ah ! ces amants de Venise, qu’ils peinent à jouir !), le fidéisme rousseauiste qui a engendré ces religions séculières que sont les idéologies communistes et fascistes (ça ne l’intéresse pas), le fidéisme progressiste qui croit pouvoir se passer de l’expérience des siècles (quelle naïveté !). Contrairement à ce que laisse entendre Tony Kunter dans son « Qui suis-je ? », Maurras n’a pas adapté la pensée contre-révolutionnaire de Maistre et de Bonald pour le XXe siècle. Ces gens, il les a à peine lus. Ce qu’il a tenté de faire, comme il le dit dans La Bonne Mort, c’est de sauver l’humanité de l’homme, en lui procurant des moyens – politiques d’abord – de résister à l’autodestruction. Je dirais, pour conclure, que c’est le scepticisme de Maurras qui sauve sa pensée de la désuétude, en proposant une expérience intérieure et, par-delà tous les naufrages, en faisant émerger des principes objectifs qui sont toujours d’actualité pour la formation de l’esprit et la réforme de la patrie.

 

Abbé G. de Tanoüarn

 

Tony Kunter, Maurras, Pardès, coll. « Qui suis-je ? », 128 p

Vient de paraître : « Qui suis-je? » Maurras, 128 p., chez Pardès.

Le « Qui suis-je? » Maurras vient de sortir. Vous pouvez le commander en suivant ce lien sur Amazon.

Ou bien, en envoyant directement un chèque de douze euros en précisant la référence commandée : « Qui suis-je? » Maurras (T. Kunter) à Pardès, B.P. n° 11, 77880 Grez-sur-Loing. Pour toute question, écrire à sarl.pardes (at) orange.fr ou téléphoner au 01.64.28.53.38.

Enfin, certaines librairies seront livrées lundi prochain : celles de Duquesne/DFP; France livres-Notre Dame de France et Akribeia…

En attendant, voici le le prospectus des éditions Pardès pour le Maurras :

Maurras prospect

Un « Qui suis-je? sur Charles Maurras


Comme je le précisais dans une récente vidéo disponible sur youtube, j’ai écrit une synthèse historiogaphique grand public sur les différentes facettes de Charles Maurras. Outre la vie, qui est un prétexte pour aborder sa pensée de manière dynamique, je me sers de l’ouvrage d’Albert Thibaudet pour la présenter comme une photographie au tournant des années 1910-1920. Le Maurras félibre, poète, conteur et épistolier n’est pas en reste. Enfin, le rayonnement de l’auteur a pu m’intéresser dans une dernière partie. Un passage inédit s’attache à décrire le « culte de Charles Maurras » de son vivant jusqu’à nos jours. Un sous-chapitre s’intéresse au démembrement du nationalisme intégral ou postmaurrassisme.

Accompagné d’une iconographie de qualité, l’ensemble sortira dans la collection « Qui suis-je? » des éditions Pardès au début du mois de novembre. Je vous tiendrai au courant de sa commercialisation.

Voici, en attendant, la vidéo de mon entretien avec François Sempé, qui a été récemment commentée sur le site de l’Action française.


 

Histoire d’abord ! Manifeste

HISTOIRE D’ABORD : MANIFESTE

Agacé par le règne du politiquement correct et du chaos intellectuel contemporain qui sévit crescendo depuis plusieurs décennies, il convient de postuler que :

• L’implication du politique dans la science historique doit être limitée. L’Histoire doit rester indépendante de toute conviction politique, religieuse, personnelle. Le chercheur est apte par son libre examen de juger de la pertinence d’une thèse.

• Le miroir de l’expérience doit cautionnée la valeur des canons épistémologiques développés par l’historien. On ne peut donc disserter sur l’épistémologie de manière toute et trop théorique. Seule la culture professionnelle peut cautionner une abstraction de la science historienne, car l’histoire est avant tout réalisme.

• Il résulte de ce dernier point la nécessité de faire une histoire à la source. La problématisation est, à l’inverse, un écueil fantasmatique qui génère des transferts et des projections du chercheur sur son sujet d’étude. Elle doit être proscrite ou du moins déconseillée.

• L’honnêteté intellectuelle est de rigueur en histoire. Dans ces conditions, l’historien doit signaler quand une source est absente ou manquante. Il peut émettre des hypothèses sur cette dernière mais mentionner qu’il s’agit de suppositions de manière explicite.

• Les inimitiés humaines ne doivent pas compter dans l’écriture de l’histoire. Dans le cas où ces dernières feraient barrage à l’obtention de sources capitales à son travail, le chercheur devra l’indiquer ou changer de sujet d’étude.

• L’historien doit considérer avec suspicion le témoin vivant, à l’image de l’examen critique des sources écrites ou matérielles. Il est nécessaire de contenir le témoin vivant qui tente dans certains cas de se substituer au chercheur rigoureux, de le considérer comme un simple transcripteur, au lieu de le voir comme un médiateur critique.

Ces préceptes sont fixés par les précédents évoqués ci-dessous :

• Les diverses lois édictées par les politiques de tout bord depuis bientôt vingt ans sur des sujets tels que la Deuxième Guerre mondiale, la colonisation, ou l’esclavage.
• La pression exercée par certains groupements dont les finalités sont politiques. Le cas est celui du « révisionnisme », du « négationnisme », ou des « Oubliés de la mémoire » (association s’appuyant sur la déportation des homosexuel(le)s français pour revendiquer des droits pour les gays et lesbiennes).
• Voir également l’implication politique de certains historiens de la Révolution française.

• Les écoles théoriques épistémologiques, pour exemple, en histoire des idées, qui émettent des principes inapplicables dans la pratique de l’histoire.

• La scolarisation excessive de la recherche qui ne tient pas compte que l’historien est un être humain avec son histoire personnelle et ses ressorts intérieurs qui pourraient influencer sa recherche s’il ne part pas de la réalité des sources.

• La quête excessive de prétendue vérité historique quand les éléments factuels ne sont pas au rendez-vous.

• Le cas est celui de la Deuxième Guerre mondiale. Les témoins regroupés en associations ont pris une place excessive et la critique historique a eu de plus en plus de mal à trouver place.

Tony Kunter

Colloque AF4 sur la Maurrassisme et la littérature

Vous trouverez ci-dessous l’exposé des motifs et le programme du colloque à venir sur le Maurrassisme et la littérature qui aura lieu fin octobre à Paris.

COLLOQUE MAURRASSISME ET LITTERATURE.
L’Action française. Culture, société, politique. AF4
20, 21 et 22 octobre 2011
Université de Paris 3-Sorbonne nouvelle

Maurrassisme et littérature. L’Action française. Culture, société, politique IV
Charles Maurras et l’Action française constituent un pôle important de la vie politique et culturelle de la France du XXe siècle. La série de colloques interdisciplinaires réalisés et publiés ces dernières années a mis en lumière la multiplicité des facettes du maurrassisme ; celui-ci dépasse la personne et l’œuvre propre du théoricien du « nationalisme intégral », qui jouit d’un magistère intellectuel indéniable ; ces colloques ont aussi permis de prendre la mesure –et les limites- de son influence politique, idéologique et culturelle.
Le projet proprement politique échoue : la République n’est pas renversée, le « coup de force » n’est pas possible. Mais le projet idéologique et culturel, central à l’Action française, a connu une audience certaine et mérite qu’on l’étudie de plus près.
Le premier colloque de la série (L’Action française. Culture, société, politique¸ P. U. du Septentrion, 2008) s’est penché sur les héritages revendiqués ou refusés, les milieux sociaux et religieux que le mouvement informe, sur ses vecteurs de diffusion et les régions plus particulièrement sensibles à ses thématiques, sans négliger les oppositions et les dissidences que suscite cet « envers de la République » (Pierre Nora).
Le deuxième (Charles Maurras et l’étranger. L’étranger et Charles Maurras, Peter Lang, 2009) a explicité les relations que Maurras et les maurrassiens entretiennent avec des interlocuteurs étrangers, favorables ou hostiles, ainsi que la réception, les divers usages et les transferts culturels et politiques du maurrassisme hors de France.
Le troisième colloque (Le maurrassisme et la culture. L’Action française. Culture, société, politique III, P. U. du Septentrion, 2010) a été plus spécifiquement consacré au maurrassisme et à la culture, aux liens entre histoire, politique, philosophie et esthétique ; il a permis d’étudier la place et les productions de quelques-unes des personnalités majeures qui ont incarné les différentes générations du mouvement.
Le quatrième colloque -« Maurrassisme et littérature »- se tiendra les 20-22 octobre 2011 à Paris 3 ; conservant la perspective interdisciplinaire qui caractérise ce cycle depuis ses débuts, il s’intéressera plus précisément à la sphère littéraire, tout aussi bien aux figures et aux groupes -de Mistral ou Lemaître aux « hussards »-, qu’aux institutions et aux milieux de la critique littéraire prise dans sa diversité, puisqu’il s’agit d’étudier les réceptions favorables et celles qui sont au contraire réservées voire hostiles. Comme lors des précédents colloques, le regard se portera sur les relations entre le maurrassisme, la littérature et l’étranger en privilégiant l’aire francophone et l’aire latine.
Olivier Dard, Jeanyves Guérin, Michel Leymarie

COLLOQUE « MAURRASSISME ET LITTERATURE »
L’Action française. Culture, société, politique IV
20, 21 et 22 octobre 2011 Université de Paris 3-Sorbonne nouvelle

Jeudi 20 octobre matin
Jeanyves Guérin : Mot de bienvenue
Président : Pascal Ory (Paris 1)
Introduction : Michel Leymarie (Lille 3/ IRHIS)
Mistral-Maurras, les enjeux d’une filiation : Martin Motte (Paris IV /Saint-Cyr Coëtquidan)
Paul Bourget, Jules Lemaître et l’Action française : Laurent Joly (CNRS)
Paul Claudel, Maurras et l’Action française : Pascale Alexandre (Paris Est Marne-la-Vallée)
La NRF. Tentations et refus du maurrassisme : Pierre Masson (Nantes)

Jeudi 20 octobre après-midi
Président : Marc Dambre (Paris 3)
Les Lettres dans La Revue universelle : Michel Leymarie (Lille 3, IRHIS)
L’Académie française et l’Action française : Jean Touzot (Paris 4)
Léon Daudet critique : Jean El Gammal (Nancy 2, MSH Lorraine)
Georges Bernanos et l’Action française : Denis Labouret (Paris 4)

Vendredi 21 octobre matin
Président : Pascale Alexandre (Paris Est Marne-la-Vallée)
Maurice Blanchot et l’Action française : Jérémie Majorel (Paris 7)
Relire le Corneille de Brasillach et le Racine de Maulnier : Hélène Merlin – Kajman (Paris 3)
Maurrassisme et théâtre : Jeanyves Guérin (Paris 3)
Contre le maurrassisme, deux revues de gauche : Europe et Commune : Nicole Racine (FNSP)
La Jeune Droite, le maurrassisme et la littérature : Olivier Dard (Metz, MSH Lorraine)

Vendredi 21 octobre après-midi
Président : Olivier Dard (Metz)
Francis Balace (Liège) : Maurrassisme et littérature en Belgique
Robert Kopp Bâle) : Maurrassisme et littérature en Suisse
Ana Sardinha-Desvignes (Paris 3) : Contre Maurras : le « néoclassicisme scientifique » de Fernando Pessoa
Xavier Pla (Gérone) : Maurrassisme et littérature en Catalogne
Georgiana Medrea (Bucarest, Centre Mousnier Paris 4) : Maurrassisme et littérature en Roumanie

Samedi 22 octobre matin
Président : Michel Leymarie (Lille 3, IRHIS)
Maurrassisme et histoires de la littérature (Lasserre, Clouard, Haedens…) : Didier Alexandre (Paris 4)
Les Hussards et l’Action française : Marc Dambre (Paris 3)
Jacques Laurent et le maurrassisme : François-Jean Authier (Paris 3, CERRAC)
Roland Laudenbach et La Table ronde, Jacques Perret et Aspects de la France : Guillaume Gros (Toulouse, FRAMESPA)
Conclusion : Jeanyves Guérin et Olivier Dard

Questions à Philippe Ploncard d’Assac

Nous remercions M. Ploncard d’Assac de bien avoir voulu répondre aux questions que nous lui avons posé.

LA JEUNESSE DE VOTRE PERE :

* Quel était son milieu d’origine, les positions politiques de vos grands-parents ? Vos grands parents étaient-ils actifs dans les milieux politiques ? Avaient-ils une certaine proximité avec les milieux catholiques ?

Rép. – Bourgeoisie lyonnaise et ascendance aristocratique par sa mère remontant aux d’Assas-d’Assac, selon la calligraphie des époques.

Catholiques, son grand père Teillard avait des livres politiques dont ceux d’Edouard Drumont.

Son père, ancien « poilu » était un fervent du Maréchal.

* Certains événements de l’enfance ont-ils pu influencer votre père par rapport à sa manière de voir le monde ?  Notamment, comment a-t-il vécu la Première Guerre mondiale tout jeune qu’il était ? Comment ses parents l’ont-ils vécue ?

Rép. – La lecture chez son grand-père Teillard lors de ses vacances d’été, à l’âge de 16 ans, des deux livres majeurs d’Edouard Drumont, La France juive et La fin d’un monde,  est à l’origine de toute son action politique.

*Quelle est la formation initiale de votre père ? Où a-t-il fait ses études ?

Littéraire, études chez les Jésuites d’Autun.

*A 17 ans, en 1927, il adhère à l’Action française. Pourquoi ce choix ?

Rép. – Parce que cela correspondait à sa propre analyse

Votre père vous a-t-il raconté des anecdotes concernant les cadres du mouvement, le mouvement, ou Maurras ?

Rép. – Je ne m’en souviens pas.

*Que faisait votre père le 6 février 1934 ?

Rép. Je n’en sais rien. Mais il fustigeait le naïveté des « nationaux » et autres patriotes de l’époque, qui ne savaient que si « la République gouverne mal, elle sait se défendre ».

*Peut-on dire que votre père s’est émancipé de l’AF lors de la création du Front national ouvrier paysan ?

Rép. Non. Il en est parti, avec Henry Coston et Maurice Yvan Sicard, alias Saint-Paulien, pour rejoindre le Parti populaire français de Jacques Doriot, parce que pour lui le nationalisme est indissociable du social.

* N’a-t-il pas toujours été un électron libre au regard de l’AF quand on songe aux revues indépendantes qu’il a pu fonder comme La Lutte créée en 1927 ?

Rép. – Si l’on veut, il n’a jamais aimé les carcans.

*Comment votre père a-t-il rencontré Henry Coston ?

Rép. – Je n’en sais rien mais les deux étaient des disciples de Drumont.

LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE ET VICHY :

*Comment votre père a-t-il vécu la « débâcle », lui, qui s’est courageusement illustré au combat ?

Rép. – Mal.

*Comment a-t-il vécu sa détention de treize mois ?

Rép. – Assez bien, à par le froid, les Allemands ont été corrects.

*Comment en est-il venu à s’intéresser à la franc-maçonnerie et à travailler au Service des Sociétés secrètes ?

Rép. – Cela découle de tout ce qu’il avait découvert au travers de Drumont.

C’est la Maréchal qui l’a fait nommer à ce poste avec Bernard Fäy.

*Que pensait-il de Laval ? de Pétain ? Remarque-t-on une évolution de ses opinions sur la période 1941-1944 ?

Rép. – Pas d’estime pour Laval, personnage douteux responsable de la mise à l’écart de l’amiral Platon , chargé de la surveillance de la reconstitution des Sociétés Secrètes.

Indirectement il est le responsable de la mise à mort de l’amiral Platon, écartelé entre deux tracteurs par les  « résistants » dans sa propriété du Sud-ouest.

Quant au Maréchal, il l’admirait tout en regrettant le nombre d’incapables et de « modérés » qui l’entouraient qui n’avaient rein compris à la guerre révolutionnaire, idéologique en cours.

*Est-il correct de dire que votre père a fui la Libération en 1944 pour rejoindre le Portugal ?

Rép. – Tout à fait, nombre de ses amis avaient été assassinés chez eux, par des individus qui se présentaient comme des préposés au gaz, ou autre, pour se faire ouvrir.

Cela s’est fait grâce au comte de Paris qu’il connaissait, lui-même réfugié au Portugal.

Ce fut lui qui le recommandât au président Salazar.

*Que pensez-vous du procès Ploncard d’Assac et de la condamnation à mort par contumace de 1947 ?

Rép. – Il y en eu au moins deux, C’était la vengeance de ceux que mon père avait trop bien découvert.

LES ANNEES PORTUGAISES

*Quel fut son rôle précis auprès de Salazar ? Comment a-t-il réussi à s’intégrer au premier cercle du pouvoir salazariste ?

Rép. – Cela s’est fait tout naturellement du fait de la convergence de leurs analyses, c’est ainsi que mon père fut appelé à  écrire dans le journal du régime, le Diario da Manha et à devenir un intime du président Salazar, sans avoir jamais eu le titre de « conseiller » que certains lui ont attribué, même si dans les faits se fut vrai.

*Pourquoi a-t-il attendu a fin des années cinquante pour se lancer dans une œuvre si capitale pour la nationalisme post-Deuxième guerre mondiale ?

Rép. – Nombre de ses ouvrages ont commencés par être édités en Portugais, avant de l’être en Français, en Italien, en Allemand et en Espagnol.

*Quand et pourquoi est-il amnistié ? Pourquoi faut-il attendre la Révolution des  Œillets pour qu’il revienne en France ?

Rép.. Il n’a été amnistié que sous Pompidou, grâce à la persévérance de son ami Guillain de Bénouville, lui aussi ancien Camelot du Roi, qui avait choisi, l’autre voie…

S’il est rentré en France, c’est parce que c’était préférable pour sa sécurité, vu ses rapports avec Salazar.

Ce fut moi-même qui le mena à la frontière espagnole, où il fut pris en charge par le jeune Nicolas Franco, neveu du Caudillo, son père ayant été ambassadeur d’Espagne au Portugal. Nous connaissions bien.

De là, il est parti à Paris, chercher un appartement, tandis que ma mère et moi, nous occupions du déménagement.

Quinze jours après notre départ, nous devions apprendre que la police politique du nouveau régime socialo-communiste était venue nous chercher…

*Comment avez-vous vécu les années portugaises ? Avez-vous des anecdotes à raconter ?

Rép. Je les ai très bien vécues. Le Portugal de Salazar avait une douceur de vie que l’on ne retrouvera plus sans doute.

La vie n’était pas chère, ce qui, après avoir tout perdu à la Libération-Epuration,  l’appartement de mes parents à Paris volé , et la propriété de mon grand-père côté Ploncard, en Bourgogne, pillée et incendiée par les « résistants », nous permis avec  l’action littéraire de mon père, de remonter la pente.

LE RETOUR EN FRANCE JUSQU’AUX DERNIERES ANNEES

*Comment votre père a-t-il vécu son retour en France ?

Rép._ Pas trop mal et il a continué à écrire.

*Votre père est connu pour avoir largement contribué au journal Présent. Comment a-t-il rencontré Jean Madiran ? Quels étaient ses rapports avec Jean Madiran ?

Rép.  Incontestablement, jusqu’à ce que l’évolution prosioniste de ce journal avec les Madiran, Bernard Antony, et Alain Sanders, l’amène à cesser d’y collaborer pour les mêmes raisons que François Brigneau.

Pour donner une idée, lorsque mon père portait son article à Présent et qu’il n’y voyait pas le directeur administratif, pierre Durand, il aimait à taquiner Sanders en lui disant ; « Où est donc votre agent du Mossad » … ? !

*Que pensait votre père du Front national et de Jean-Marie Le Pen ?

Aucune confiance, au point de m’avoir déconseillé d’accepter la proposition de J-M Le Pen, de prendre en main la structure du FN pour les Français de l’Etranger, le CFRE.

Si j’ai finalement accepté c’est parce que j’estime qu’il faut toujours prendre les places qu’on vous offre pour dire et écrire que ce l’on défend jusqu’au jour où on vous l’interdit.

C’est ce qui s’est passé et c’est ainsi que j’ai claqué la porte du FN en juin 1993, car déjà on prétendait m’interdire de parler de De Gaulle, de la maçonnerie et de l’avortement !

Ce qui confirmait les avertissements de mon père.

*Que pensait-il de la France du début du XXIe siècle ? Quel bilan dressait-il au vu de son parcours ?

Rép. – Que ses analyses n’étaient hélas que trop vraies, les évènements lui donnant raison sur tous les plans.

L’ŒUVRE DE VOTRE PERE : QUESTIONS GENERALES

*Peut-on dire que votre père a été un modèle et un guide pour plusieurs générations nationalistes ?

Rép. Certainement et toujours maintenant

*Peut-il être considéré comme un successeur de Maurras au regard de l’ampleur de son magistère ?

Rép. – Tout à fait, mais sans l’antigermanisme outrancier de Maurras qui aura amené nombre de jeunes d’AF chez De Gaulle et la résistance.

Nous en vivons les conséquences.

*Quelle fut l’influence de votre père en Espagne et en Italie ?  D’autres pays sont-ils a considérer ?

Rép. – Influence indirecte par les traductions des ses livres dans ces pays et jusqu’en Allemagne.

*Votre père a-t-il fait Ecole ? Si oui, quels sont ses principaux disciples ?

Rép. Il a fait école ne serait-ce qu’avec moi, qui ait repris son combat.

*Quelles sont les œuvres incontournables de votre père ?

Rép. – Les Doctrines du nationalisme, L’Eglise occupée, Le secret des FM, Les jeunes ont droit à la vérité, entre autres

*La collection « La Voix de l’Occident », qui reprend les éditoriaux de votre père à la radio, constitue une grande partie de son œuvre. Il réagissait souvent à cette occasion sur l’actualité. Dans ces conditions, ses propos se limitent-ils à l’époque sur laquelle il médite ou peut-on parler de postérité ?

Rép. Oui on peut parler d’actualité, dans la mesure où ce qu’il dénonçait explique ce que nous vivons.

*Pourquoi votre père s’est-il lancé dans l’écriture de Doctrines du nationalisme ?

Rép ; – Pour répondre à la caricature haineuse et aux mensonges donnés par les vainqueurs  de la dernière guerre

*Comment ont évolué les positions de votre père sur l’Eglise catholique ?

Rép. – Elles n’ont pas évoluées ; C’est L’Eglise qui a évoluée.

A la bonne époque de la Fraternité Saint Pie X, Mgr. Lefebvre l’invitait avec Bernard Faÿ, tous deux spécialistes de la maçonnerie, à venir former ses jeunes prêtres et séminaristes.

Aujourd’hui c’est terminé et la FSSPX laisse en place des éléments douteux crypto maçonniques tels l’abbé Celier, et l’abbé de Tanoüarn qui, bien que parti garde une grande influence.

Quand à la formation antimaçonnique et anti gnostique qui en est le support, c’est terminé.

*Peut-on parler d’historien concernant votre père, au regard de sa traduction d’une Histoire du Portugal, du Secret des francs-maçons, ou de 1792, Les dernières marches du trône ? Si oui, de quels historiens s’inspire-t-il ? Quels sont ses canons épistémologiques ?

Rép. Oui, D’Augustin Barruel ; de Joseph de Maistre et d’Edouard Drumont, notamment.

*Que pensait votre père de ce qu’on appelle les mouvements « révisionniste » et « négationniste » ?

Rép. – Tout en dénonçant les mensonges sur les faits de la IIème guerre mondiale, il regrettait une vision trop parcellaire, centrée uniquement sur ce sujet.

Il est d’ailleurs étrange que nombre de « révisionnistes », ne comprennent rien au problème maçonnique, or tout est lié par une même ascendance talmudique kabbaliste comme je l’ai démontré dans mon livre La Maçonnerie.

*Quels étaient les rapports de votre père avec la pensée d’Action française développée par Pierre Pujo et Michel Fromentoux ?

Rép. Corrects, sans plus, ce n’était plus la grande époque de l’AF.

*Comment qualifier la pensée de votre père ? Contre-révolutionnaire ? Nationaliste ? Autre ? Merci de justifier.

Rép. – Les deux, l’une découle de l’autre.

Le nationalisme que dénonçait déjà Adam Weishaupt fondateur de la secte maçonnique des Illuminés de Bavière, à la fin du XVIIIème siècle, réagissait déjà aux idées anti nationales internationalistes, cosmopolites, de la Révolution dite française.

Le nationalisme est par essence « contre révolutionnaire »

QUESTIONS PRATIQUES

*Connaitriez-vous des personnes pouvant nous livrer des informations complémentaires sur votre père ?

Rép. – Arnaud de Lassus, Jean Auguy qui a la collection complète de ses Lettres Politiques basées pour beaucoup sur se éditoriaux de la Voix de l’Occident.

*Savez-vous s’il existe un fonds d’archives contenant des papiers de votre père ?

Rép. Non.